Pourquoi le combat contre l’islamophobie doit être une priorité
Pourquoi le combat contre l’islamophobie doit être une priorité
John Mullen, Ensemble Montreuil
L’islamophobie, davantage actuellement que d’autres racismes (dont il ne faut évidemment pas sous-estimer l’importance) est un outil clé pour les classes dirigeantes pour diviser les travailleurs. Au niveau international, elle aide à construire le soutien des bombardements des pays pauvres, aux Etats Unis elle alimente les courants les plus réactionnaires chez les Républicains; en France, c’est un facteur de construction d’un Front national fasciste, et un moyen fabuleux pour détourner l’attention des attaques menées par le capital dictateur.
Il y a des forces profondes qui mènent à cette islamophobie - attitudes néocoloniales inconscientes, racisme anti-arabe séculaire… mais ce qui la rend particulièrement efficace est le fait qu’une partie des prémisses de l’islamophobie est partagée par une bonne proportion de la gauche et de l’extrême gauche.
Depuis 20 ans que l’islamophobie monte en France, les anticapitalistes n’ont pas joué leur rôle. Contre les agressions, il faut des mobilisations, contre les préjugés et les stéréotypes, des réunions, des contre-enquêtes et une popularisation de la parole des musulmans visés par ce racisme. Lors des attaques contre les mosquées, il faut des rassemblements de solidarité. La note moyenne de la gauche sur tout cela doit tourner autour de 3 sur 20, y compris pour des organisations dont les paroles ont évolué dans le bon sens. Il nous faut plus que de bonnes paroles !
Les explications des objectifs réels derrière la loi de 2004 contre le foulard à l’école, la loi de 2010 contre le niqab, la « Charte de la laïcité » dans les écoles ou les projets de loi contre les nounous qui portent le foulard chez elles quand elles travaillent, ont été laissées à une petite minorité de militant (e) s. Lors des agressions à Argentueil en 2013, lorsqu’une musulmane attaquée a perdu son bébé, les rassemblements se sont faits dans l’absence de l’essentiel de la gauche (malgré quelquescommuniqués vite oubliés).
Pire, c’est parfois des sections de la gauche qui ont mené les attaques. En 2015 ce sont des “Radicaux de Gauche” qui veulent empêcher les nounous enfoulardées de travailler. La même année, les tentatives à l’Université de Créteil de virer des cours certaines étudiantes qui portaient le foulard, ont été soutenues par certains militants de l’extrême gauche.
La raison pour cette situation scandaleuse se trouve dans une mauvaise compréhension du rôle de la religion dans la vie des opprimés, dans une erreur sur le pouvoir d’une tradition vestimentaire à créer de l’oppression, dans une envie d’éviter un débat qui nous divise, dans des attitudes héritées du colonialisme français et dans l’influence dans la tradition républicaine bourgeoise. Mais ce débat ne doit pas être évité.
Pendant longtemps, les mobilisations contre l’islamophobie, à la fois par une poignée de militants de gauche et des groupes de musulmans étaient ultra-minoritaires. Des organisations telles qu’ Une Ecole pour Tous, le CCIF, Mamans Toutes Egales ou le Collectif Féministe pour l’Egalité ont construit des réunions et des petits rassemblements. Mais depuis peu on voit des meetings et les manifestations antiracistes plus importants, qui mettent l’islamophobie au premier plan, et dont la direction est largement constituée de gens ciblés par le racisme. La Marche pour la Dignité et le meeting du 11 décembre dernier par exemple.
Nous devons soutenir avec enthousiasme la mobilisation des premiers concernés, (ce qui n’a jamais signifié cacher des divergences éventuelles : depuis 20 ans dans des campagnes contre l’islamophobie on ne m’a jamais demandé de cacher mes opinions sur la libération des homos ou sur l’antisémitisme, pour ne citer que deux exemples que des camarades imaginent constitueraient une difficultés).
Mais cette mobilisation suscite une opposition chez certains camarades, au PCF, au PG et à Ensemble. On n’entend pratiquement plus que « l’islamophobie n’existe pas », mais on nous dit qu’il ne faudrait pas en faire une priorité. Il faudrait surtout « l’unité des antiracistes » (au fond, un consensus pour ne pas combattre le racisme préféré du capitalisme aujourd’hui). On s’attaque au PIR (une petite organisation qui a joué un rôle honorable mais absolument pas centrale dans la mobilisation). Ou on s’attaque à Tariq Ramadan, (pas « fourbe » nous dit-on, mais « habile »), un intellectuel dont les idées sont prises au sérieux dans les milieux universitaires européens. Ou encore, on cache la vérité sur la mobilisation – avez-vous lu dans les comptes rendus du 11 décember l’appel de la tribune (de la part de Salma Yaqoob) à s’opposer sans faille à l’homophobie ?
Ce n’est pas un débat abstrait. Lorsqu’on voit des collègues qui veulent virer des filles des cours à l’Université, il faut se mobiliser contre et pas en faveur ! Ne pas combattre l’islamophobie est un cadeau immense Pour Valls, pour Sarkozy et pour Le Pen.
John Mullen, Ensemble Montreuil
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